Ressources : quels risques d'installer la vidéo Surveillance ?


Sommes-nous réellement protégé·es par ces dispositifs ?

Inquiet·es par le positionnement de l'équipe du maire Gérard Brunel, le collectif des Habitant·es Bien Veillant·es de Saint Martin de Londres a fait des recherches pour mieux comprendre les enjeux et les risques de ces dispositifs de "protection". En voici ci-dessous quelques éléments, envoyés à l'ensemble des conseillères et conseillers municipaux avant la délibération du 11 juillet 2024.

Tout d'abord, on nous parle d'un dispositif de vidéo-protection, dont les images ne sont consultables que sur requête judiciaire, c'est à dire après qu'une plainte est été déposée, soit après un acte de délinquance ou criminel. Ainsi, il ne s'agit pas de nous protéger en évitant le problème, mais de tenter de le résoudre une fois qu'il est advenu.
Or la cour des comptes démontrait l'inefficacité des dispositifs de vidéosurveillance, qui ne permettent de résoudre qu'une infime quantité d'enquête (entre 1% et 3%), pour un coût d'installation élevé.

EXTRAIT du rapport de la cour des Comptes - "CHAPITRE VI -CONSACRÉ À LA VIDÉOSURVEILLANCE DE LA VOIE PUBLIQUE."

"La Cour constate le coût élevé de ce programme, qui met à la charge des collectivités territoriales, principalement des communes, des dépenses d’investissement d’un montant global d’au moins 300 M€, subventionnées par le fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), les dépenses d’exploitation des systèmes, estimées à 300 M€ par an, étant à la charge des collectivités. Surtout, au-delà de son coût même, c’est le manque d’évaluation de l’efficacité de la vidéosurveillance qui est relevé par la Cour. Les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux Etats Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement l’efficacité de la vidéosurveillance de la voie publique. La mise en œuvre de ce plan de développement accéléré de la vidéosurveillance de la voie publique aurait dû être précédée d’une évaluation de son efficacité selon une méthode rigoureuse. Cela n’a pas été le cas, et nous manquons d’enseignement sur l’efficacité de la vidéoprotection. C’est une lacune dommageable, notamment au regard du montant des dépenses publiques engagées."

Donc, l'installation de caméras publiques n'évitent pas les problèmes. En quoi donc cela participe à notre protection ?


La protection est en effet un dispositif permettant de mettre à l'abri de danger ou d'incidents, en évitant et réduisant les risques afin qu'ils ne surviennent pas. Or, les caméras peuvent éventuellement déplacer le problème et en aucun cas l'éviter. Nous avons vu malheureusement que le dispositif ultra développé à Nice n'a pas permis d'empêcher l'attentat du 14 juillet 2016.

A quel besoin cela répond ?

Il est attendu que les images servent à la résolution d'enquête. Cette réalité est remise en question par les études qui montrent qu'entre 1% et 3% des enquêtes sont résolues grâce aux images des caméras de surveillance.
Délinquance en chiffres à St Martin de Londres
Des données mises à jour et plus particulièrement le registre de sécurité (ou autre type de document) élaboré conjointement par la mairie, la gendarmerie et la préfecture, nous permettraient d'avoir une analyse sur l'état de la délinquance et de la criminalité dans notre village.
Voici le fruit de nos recherches, sachant que la gendarmerie nous renvoie vers la mairie pour obtenir les éléments chiffrés.
delinquance sat
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Quelques vidéos sur le sujet


  • Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS et auteur du livre Vous êtes filmés. Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance (éditions Armand Colin, 2018). Sa présentation en vidéo (7mn): Laurent Mucchielli a mené une enquête de terrain dans trois villes françaises qu’il raconte dans son livre Vous êtes filmés !

  • maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Picardie Jules Verne Élodie Lemaire, l'auteure de L’œil sécuritaire. Mythes et réalités de la vidéosurveillance (éditions La Découverte, 2019). Sa présentation en vidéo (4mn)


  • NOTHING TO HIDE documentaire (français, 2017), (1:25:59), Documentaire dédié à l'acceptation de la surveillance dans la population à travers l'argument "je n'ai rien à cacher". "Passionnant" (Inrocks), "Qui ouvre les yeux" (Forbes), "Inquiétant" (France 24).


Quelques textes et références


  • « Ne pas se soucier du droit à la vie privée parce qu’on n’a rien à cacher, c’est comme ne pas se soucier du droit à la liberté d’expression parce qu’on a rien à dire […] La vie privée n’est pas une question d’avoir quelque chose à cacher, c’est une question de protection face à l’arbitraire » Edward Snowden

Les risques et dérives de la vidéoprotection sont évoqués depuis longtemps déjà, tant dans la science fiction avec 1984){.newtab} de George Orwel (1949) ou La Zone du Dehors d'Alain Damasio (1999) que par des philosophes comme Foucault Surveiller et punir ou Gilles Deleuze.